SNAPNB dans l’actualité: Protéger les sources de notre eau
L’article suivant a paru dans l’Acadie Nouvelle le 19 octobre 2026. https://www.acadienouvelle.com/mon-opinion/2026/10/18/proteger-les-sources-de-notre-eau/
Lorsque le Nouveau-Brunswick a adopté sa Loi sur l’assainissement de l’eau en 1989, Google n’existait pas. L’intelligence artificielle relevait de la science-fiction. Rares étaient ceux qui évoquaient l’impact que pourraient avoir sur nos collectivités des tempêtes plus violentes, des inondations et les changements climatiques. Près de quarante ans plus tard, bien des choses ont changé. Les risques auxquels est exposée notre eau sont désormais plus évidents, et les collectivités comprennent mieux qu’une eau potable propre et abondante repose sur la santé des forêts, des zones humides et des rivières environnantes.
Jusqu’à maintenant, la Loi sur l’assainissement de l’eau du Nouveau-Brunswick a contribué à protéger l’eau qui coule de nos robinets. Les quarante prochaines années devront être consacrées à la protection des sources d’où provient cette eau.
Tel est le défi qui attend le ministre de l’Environnement, la première ministre et tous les députés de l’Assemblée législative. Au cours des prochains mois, ils réécriront l’une des lois environnementales les plus importantes du Nouveau-Brunswick. Nous avons là une occasion unique – qui ne se présente qu’une fois par génération – de décider comment nous allons protéger l’eau dont dépend toute la population du Nouveau-Brunswick.
Le rapport récemment publié découlant des consultations publiques menées par le gouvernement laisse entendre que les Néo-Brunswickois sont prêts pour ce débat. Des personnes aux points de vue divergents ont mis de l’avant les mêmes priorités : une eau potable plus sûre, une protection accrue des rivières et des zones humides, et une prévention plus efficace des inondations et des sécheresses. Ce consensus devrait donner aux élus la confiance nécessaire pour agir avec audace et responsabilité.
La véritable question n’est plus de savoir si la Loi sur l’assainissement de l’eau doit être modernisée. La question est de savoir si cette modernisation sera suffisamment ambitieuse pour refléter ce que nous savons aujourd’hui.
La protection de l’eau potable commence bien avant l’usine de traitement. Elle commence en amont, dans les forêts, les marais, les tourbières et les ruisseaux qui collectent, retiennent et purifient naturellement l’eau dont nous dépendons tous. Ces mêmes espaces naturels stockent l’eau dans le sol et les plantes et contribuent à empêcher la propagation des feux de forêt. Si ces lieux sont dégradés, les conséquences se traduisent éventuellement par des routes inondées, des habitations détruites, des budgets locaux mis à rude épreuve et des systèmes de traitement plus coûteux.
Une loi moderne sur l’assainissement de l’eau devrait s’articuler autour d’un principe simple : protéger les lieux d’où provient notre eau. Cela signifie qu’il faut voir au-delà d’un projet, d’un permis ou d’une limite de propriété, et prendre des décisions en tenant compte de la façon dont l’eau circule à travers le territoire. Cela signifie protéger les zones humides et les forêts situées en amont des bassins versants avant qu’elles ne soient endommagées, et tenir compte des données scientifiques fiables, des savoirs autochtones et de l’expérience locale.
Une approche qui protège les liens entre l’environnement, la communauté et l’économie est indispensable. Des bassins versants sains réduisent les risques d’inondation, préservent l’eau potable et aident les communautés à se remettre des phénomènes météorologiques extrêmes. Les inondations et le traitement de l’eau contaminée entraînent des coûts élevés. La restauration des rivières et des zones humides dégradées coûte aussi cher. Protéger les espaces naturels dès le départ constitue toujours l’investissement public le plus judicieux.
Le Nouveau-Brunswick peut s’estimer chanceux. Notre province possède encore d’abondantes ressources en eau, avec des rivières remarquables, des zones humides saines et des forêts de tête de bassin qui servent les communautés au quotidien. Ailleurs, beaucoup de collectivités dépensent des milliards de dollars pour tenter de restaurer ce qu’elles n’ont pas su protéger il y a plusieurs décennies. Nous avons encore la possibilité de privilégier la prévention plutôt que la remise en état.
Une loi sérieuse sur l’assainissement de l’eau devrait renforcer les mandats de protection de la nature confiés à d’autres services gouvernementaux. Ensemble, nos ministres de l’Environnement et des Ressources naturelles peuvent unir leurs forces pour protéger les lieux qui fournissent une eau potable propre et abondante, ainsi que ceux qui protègent les collectivités contre les feux de forêt, les inondations et la sécheresse.
Toute administration se distingue par les problèmes qu’elle résout. Les meilleurs gouvernements s’illustrent parce qu’ils ont eu la clairvoyance de prévenir les problèmes avant qu’ils ne surviennent. La modernisation de la Loi sur l’assainissement de l’eau est l’occasion de répondre aux préoccupations d’aujourd’hui tout en léguant aux générations futures une protection plus solide que celle dont nous avons hérité. L’eau constitue une contrainte incontournable à l’intérêt général en matière de santé, de sûreté et de sécurité publiques.
Dans quarante ans, personne ne nous reprochera d’avoir trop protégé la nature. Personne ne nous reprochera d’avoir trop protégé l’eau potable. On s’interrogera plutôt à savoir si nous les avons suffisamment protégées.
Roberta Clowater est la directrice générale de l’organisme de bienfaisance, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) — section du Nouveau-Brunswick
